Critiques de théâtre, opéras, concerts (Marseille et région PACA), en ligne sur ce blog puis publiées dans la presse : CLASSIQUE NEWS (en ligne), AUTRE SUD (revue littéraire), LA REVUE MARSEILLAISE DU THÉÂTRE (en ligne).
B.P. a été chroniqueur au Provençal ("L'humeur de Benito Pelegrín"), La Marseillaise, L'Éveil-Hebdo, au Pavé de Marseille, a collaboré au mensuel LE RAVI, à
RUE DES CONSULS (revue diplomatique) et à L'OFFICIEL DES LOISIRS. Emission à RADIO DIALOGUE : "Le Blog-notes de Benito".
Ci-dessous : liens vers les sites internet de certains de ces supports.

L'auteur

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Agrégé,Docteur d'Etat,Professeur émérite des Universités,écrivain,traducteur,journaliste DERNIÈRES ŒUVRES DEPUIS 2000: THÉÂTRE: LA VIE EST UN SONGE,d'après Caldéron, en vers,théâtre Gyptis, Marseille, 1999, 2000; autre production Strasbourg, 2003 SORTIE DES ARTISTES, Marseille, février 2001, théâtre de Lenche, décembre 2001. // LIVRES DEPUIS 2000 : LA VIE EST UN SONGE, d'après Calderón, introduction, adaptation en vers de B. Pelegrín, Autres Temps, 2000,128 pages. FIGURATIONS DE L'INFINI. L'âge baroque européen, Paris, 2000, le Seuil, 456 pages, Grand Prix de la Prose et de l'essai 2001. ÉCRIRE,DÉCRIRE L'AMÉRIQUE. Alejo Carpentier, Paris, 2003, Ellipses; 200 pages. BALTASAR GRACIÁN : Traités politiques, esthétiques, éthiques, présentés et traduits par B. Pelegrín, le Seuil, 2005, 940 pages (Prix Janin 2006 de l'Académie française). D'UN TEMPS D'INCERTITUDE, Sulliver,320 pages, janvier 2008. LE CRITICON, roman de B. Gracián, présenté et traduit par B. Pelegrín, le Seuil, 2008, 496 p. MARSEILLE, QUART NORD, Sulliver, 2009, 278 p. ART ET FIGURES DU SUCCÈS (B. G.), Point, 2012, 214 p. COLOMBA, livret d'opéra,musique J. C. Petit, création mondiale, Marseille, mars 2014.

jeudi, mars 23, 2017

TEMPS ET TEMPO DE PÂQUES

               Gaëlle Vitureau, Lisa Magrini : sopranos ;  Romane Kriger : viole de gambe ;  
                                        Benoît Dumon : orgue, clavecin et direction.  
                                              Concert : 
       Ex Tenebris Lux, œuvres pour la Passion et Pâques
                               samedi 1 avril à 17:30


Tout un pan de l'histoire de la musique religieuse  (Stabat Mater, passions, motets...) 

mercredi, mars 22, 2017

DES AS (AU FÉMININ PLURIEL?) ATOUT DAMES = À TOUT CŒUR

Arts et Musiques & Les Voix de l'Alcazar
ont le plaisir de vous présenter

LES BRIGANDES DU CHÂTEAU D'IF
Chansons Marseillaises


DIMANCHE 26 MARS 2017 - 15H
LA CROISÉE DES ARTS
Place Malherbe, 83470 Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Une comédie musicale sous le signe du soleil


 RENSEIGNEMENTS ET RESERVATIONS

La Croisée des Arts Pôle Culturel Provence Verte
Place Malherbe, 83470 Saint-Maximin-la-Sainte-Baume
04 94 72 58 85 - Tarif adultes : 18€
Tarif enfants – de 12 ans et étudiants et groupes + de 10 pers : 13€

Proposé par l'Office municipal de la culture de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Une création unique à découvrir sans plus attendre !

Brigitte Peyré (soprano) et Murielle Tomao (mezzo soprano) adaptent leurs voix au registre du musical de Broadway et vous font redécouvrir ce patrimoine culturel drôle, poétique, mâtiné de tango, d'habanera, de swing et de jazz. Ces chansons marseillaises - arrangées par Ludovic Selmi, plus proche de l'univers de Pink Martini que celui de Luis Mariano - résonnent à nouveau sur scène portées par le rire, l'émotion et la joie de vivre des Brigandes du Château d'If. Cette même joie de vivre des "Voix de l'Alcazar" qui faisait danser et chanter le Paris et le Marseille des années folles.
Les Voix de l'Alcazar présente la Vidéo Teaser du spectacle des Brigandes du Château d'If au Théâtre Silvain de Marseille le 5 Juin 2015. Organisation et production : Arts et Musiques.
                                     
                                        www.artsetmusiques.com
                                                 Dossier de presse et "teaser" du spectacle 

                                                             Opérettes et Chansons marseillaises.
Création 2015 avec :
Brigitte PEYRÉ, Soprano
Murielle TOMAO, Mezzo Soprano
Accompagnées par :
Rémy CHAILLAN, Batterie
Eric CHALAN, Contrebasse
Gérard OCCELLO, Trompette
Jean-Christophe SELMI, violon
Ludovic SELMI, Piano et arrangements
Mise en scène, Olivier PAULS

TOURNÉE 2017
  > 11 février - Les Pennes Mirabeau / Espace Tino Rossi | 17h
  > 26 mars - St Maximin / A la Croisée des Arts | 15h
  > 19 mai - Digne les Bains / Centre Culturel René Char | 21h
  > 25 juin - Marseille / Dimanches de la Canebière | 16h
  > 12 juillet - Puy Ste Réparade / Place Louis Philibert | 21h

VOIR MA CRITIQUE  SUR CE BLOG :

lundi, décembre 12, 2016

BRIGANDAGE HEUREUX




samedi, mars 18, 2017

L'UNIVERSEL DANS LE LOCAL



"Vaste fresque musicale, l’œuvre d’Arthur Dente, « Mundo Entero »​,​ ​présente sept pièces interprétées pa​r un​ ensemble composés de​ 10​ ​chanteurs ​et ​musiciens professionnels. Dans cette œuvre, une relation privilégiée s’établit entre la voix​,​ la guitare​, la flûte et quelques percussions​ venant ponctuer l'ensemble . A la fois accompagnatrice​s​ et soliste​s​, ​les parties instrumentales génère​nt​ un univers musical profond et sensible​. Les textes chantés abordent à la fois le thème de l’adolescence, du cheminement, du dilemme ou de la figure paternelle dans différentes langues, en français, portugais et espagnol, marquant l’appartenance du compositeur à ces différentes cultures. Puisant dans les musiques du monde, fado et flamenco entre autres, le compositeur élabore un langage musical savamment écrit,  d’une grande originalité et toujours irrigué par le jeu virtuose de la guitare"​.


                                             Arthur Dente & l’Octuor Vocal de Provence
                                                                    présentent   

                                                              MUNDO ENTERO
                                      « Une fresque musicale pour Choeur, Flûte et Guitare »
                                                            DIMANCHE 26 MARS  2017 - 17H
                                                            Salle Sévigné - Place des Etats Généraux
                                                                     13410 LAMBESC
                                                            Entrée: 12€ (Gratuit enfants < 12 ans)
Website: arthurdente.com
Réservations:  06 20 91 47 27

mardi, mars 14, 2017

UNE GRANDE VOIX AU BÉNÉFICE DES PETITS

                                   « La diva des cités » 
délaisse la sienne pour venir dans la nôtre, face à la Cité radieuse du Corbusier, à la Magalone, pour chanter au bénéfice de l'enfance.

     Son projet, Une diva dans les quartiers,  a permis de rendre l’opéra accessible à tous et, en particulier, dans le milieu populaire. Elle est à la tête de l'association Voix en Développement qui forme chaque année les habitants des quartiers les plus populaires de France au chant lyrique. Sa troupe, composée d'instrumentistes et de solistes professionnels mais aussi des chœurs amateurs produit chaque année un opéra différent pour une quinzaine de dates en France et en Europe.

vendredi, mars 10, 2017

NAPLES LYRIQUE


LyricOpéra 
Chansons napolitaines et opéra

Marseille, Temple Grignan,

11 mars 2017



         Déjà voué, en plus du culte protestant, à la musique par une riche programmation, le Temple Grignan est aussi devenu un temple lyrique grâce à l’obstination, au goût et à l’oreille de Marthe Sebag : elle y programme depuis 2009 des soirées d’un grand niveau vocal mais, avec la particularité qu’il faut signaler, qu’elle donne carte blanche à de jeunes chanteurs prometteurs ou déjà bien affirmés, et certains qui s’y sont produits font désormais de belles carrières. Le mois dernier, l’admirable baryton-basse, Wenwei Zhang, soliste à l’Opéra de Zurich, qui avait inauguré les concerts à l’origine, programmé en Varlaam dans le remarquable Boris Godounov à l’Opéra de Marseille, y était venu donner un récital en remerciement à la confiance qui lui fut faite autrefois. Mais un Luca Lombardo, ténor marseillais qui court le monde en défendant le répertoire français, le Chouiski du même Boris, arrivant de Santiago du Chili où il venait d’interpréter le héros de La Damnation Faust de Berlioz, ne dédaigne pas d’honorer le temple comme chanteur et même spectateur.

         Ce soir-là, avec un programme de Chansons napolitaines et opéra qui nous laissait d’abord dubitatif tant on entend, tan-tan, le tintamarre napolitain à la sauce même pas napolitaine même par de grands chanteurs, dans une ignorance bien coupable de l’accent et de la couleur particulière de cette langue, qui mérite plus de respect, je ne serais pas venu sans l’instance de Gérard Monchablon, préposé aux lumières et aux belles projections qui éclairent les airs, fin connaisseur et amoureux  des voix, assidu des grands Opéras du monde grâce à sa profession de pilote de ligne pour longs courriers, connu des plus grands chanteurs qui l’autorisent à les filmer pour avoir une trace de leur jeu et chant. Je devais ainsi découvrir le ténor Rémy Poulakis, par ailleurs accordéoniste.

         Il partageait l’affiche avec Lucile Pessey, adorable soprano, et le pianiste Vladik Polionov qui les accompagnait attentivement, nous privant ce soir-là d’un solo piano que l’on attend toujours de ce grand artiste salué entre autre par Opéra Magazine, mais s’érigeant présentateur disert mais discret des morceaux interprétés par les chanteurs. Connaissance déjà ancienne mais toujours nouvelle, tant elle sait se renouveler dans un large éventail d’interprétations lyriques, Lucile Pessey, que nous avons la chance d’entendre dans nombre de concerts de qualité, voix soliste des soirées du festival consacré au compositeur Jean-Claude Petit dont nous parlerons, illuminait de son timbre limpide et raffiné, frais vibrato, cette soirée. D’une expressivité vocale sans outrance, la chanteuse nous faisait aussi lire délicatement la partition sur son visage dans deux mélodies de Paolo Tosti, charme troublant de Malia, amertume de l’abandon dans Non t’amo Più. Mêmes qualités de comédienne lyrique, mais dans l’air dramatique, puissant et orné à la fois de la Mathilde de Guillaume Tell de Rossini puis dans les extraits de Rigoletto et de Traviata de Verdi, en solo ou en duo avec Rémy Poulakis.

         Ce dernier, pour la première fois à Marseille, avenant et souriant, n’usurpait pas, ne dénaturait pas enfin, comme tant de chanteurs, le chant ni l’accent napolitains, heureux époux d’une femme du cru et l’on peut imaginer les conséquences d’un mariage à la Napolitaine si le mari avait trahi ce patrimoine si charnellement chéri à Naples ! S’ouvrant une ouverture à l’accordéon, telle une déchirure, alors que le piano de Vladik Polionov jouait des arpèges de guitare, il se lançait dans le redoutable et émotionnel Core ‘ngrato de Salvatore Cardillo, maîtrisant la passion, fatale à la voix chantée,
tout en nous passionnant et émouvant : voix large, médium solide, aigu aisé, ce qui ne l’est guère pour un chanteur assis, son instrument entre les bras. Du même Cardillo, le plus confidentiel Dicitencello vuie, sera interprété avec une tendre conviction mais, la trop fameuse Danza de Rossini, qu’on se lasse déjà d’entendre tellement, il la renouvelle par la virtuosité de son accordéon aux brillantes variations et la volubilité vocale que témoigne cette voix large et corsée. Il sera un élégant et désinvolte duc de Mantoue avec une belle cadence comme un panache, un bouillant Alfredo avec l’émouvante Violetta de Lucile dans « Addio del pasato… », beaux et touchants duos, et l’on pardonnera aux deux jeunes chanteurs leur bis du sempiternel « Libiam… » de Traviata, usé jusqu’à la corde par des chanteurs sans imaginations réduits à se copier et recopier depuis les Trois ténors, au titre que, oui, eux, ils exécutent réellement les traits délicats, les ornements de séguedille en doubles croches quand tant de chanteurs en font une vraie exécution capitale en les réduisant à la lourdeur de la croche.

LyricOpéra
Chansons napolitaines et opéra
Marseille, Temple Grignan,
11 mars 2017
 Lucille Pessey, soprano, Rémy Poulakis,
Vladij Polionov, piano
Airs de Tosti, Cardillo, Rossini, Verdi.
Disque avec Lucille Pessey


jeudi, mars 09, 2017

Un régal








MÉLODIES D'AÈDES

(Amours, délices et cordes)

Création originale autour de l’exposition Le Banquet 

au Musée d’archéologie de Marseille


Marseille, Vieille Charité, 5 mars 2017



         Sous l’égide de Marseille Concerts, qui fête ses trente ans, infatigablement animée par Robert Fouchet, sous la rubrique Muséique, ‘Musique au Musée’, sont proposés aux mélomanes marseillais, dans des lieux patrimoniaux, des concerts raffinés, échos sonores aux œuvres visuelles exposées. Marseille, avec plus de deux-milles-six-cents ans d’histoire, prise trop souvent de vandale ivresse, se penche désormais, en son troisième millénaire, sur ce passé et, à la faveur de travaux dans le noyau de la cité antique, d’émouvantes découvertes archéologiques, modestes restes de vaisselle, dans le joyau architectural de la Vieille Charité, ont motivé une petite mais passionnante exposition, Le Banquet, de Marseille à Rome. ‘Plaisirs et jeux du pouvoir’ (jusqu’au 30 juin 2017).

         C’était l’occasion de laisser à la soprano marseillaise courant la France Isabelle Bonnadier, avec la savoureuse complicité de Laurent Vercambre, le plaisir de dresser la table musicale, le menu d’un délicieux concert dans le creux hospitalier de la chapelle ovoïde de la Vieille Charité, pleine littéralement presque comme un œuf, banquet manquant de banquettes, le public n’ayant trouvé place assise nonchalamment mais inconfortablement appuyé debout contre les murs et colonnes et, les mieux lotis, assis sur des marches ou à même le sol.


La Vieille Charité, sur les plans du génial et malheureux Pierre Puget, architecte baroque local rejeté par Versailles, hôpital au XVIIe siècle pour les indigents, aujourd’hui centre culturel et muséographique, c’est un sévère quadrilatère, un portique festonné d’arcades sur sa base, élevant deux étages d’arcades symétriques, telles des paupières rêveuses aveugles, avides de regard sur la coupole en œuf coiffant la chapelle centrale de la cour, rigueur d’épure égayée cependant par cette rare pierre rose de l’Estaque épuisée, déjà prisée par les Romains, usée aussi pour la Tourette, le clocher Saint-Laurent, les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, fermoirs du collier du Vieux Port : l’histoire pétrie dans la chair d’une pierre. Digne des intimistes églises romaines de Borromini par sa structure élaborée, mais dans l’élégante sobriété ornementale de la pierre nue, l’intérieur ellipsoïdal de la chapelle sous la voûte ovoïde soutenue de pilastres et colonnes cannelés adossés, est, sur les côtés, taillé d’encoches à hauteur d’homme ouvrant sur de petites galeries, telles des coulisses, et la balustrade de la tribune semble le balcon d’un faux théâtre du vrai Baroque.


Dans une encoignure jouxtant une table avec des nourritures terrestre et spirituelle (fruits, vin, livre) une mince estrade, deux pupitres, et, dans le fond des instruments de musique : un creux, un écrin pour les duettistes.

D’Isabelle Bonnadier, chanteuse, comédienne, auteur et musicienne, je crois avoir dit, il y a longtemps, qu’elle était par, nature, gracieuse sans gracieuseté, et on lui retrouve avec bonheur ce charme intact, indéfinissable. Sans chercher à enfermer cette libre artiste dans les limites fermées d’une définition définitive, on pourrait du moins, à travers le spectacle proposé, la cerner un peu dans sa palette si diverse par le même type de formule de qualités nuancées de rien de trop qui pèse ou pose : intelligent sans intellectualisme, simple sans simplisme, même enfantin sans enfantillage (comptines) en somme, cultivé sans vain étalage de culture. Qu’on en juge : on nous sert, sans solution de continuité, avec humour et sourire, du parlé au parlé-chanté, on passe à la chanson, du rap au lyrique ; pour les musiques on vogue de mélodies grecques antiques à Dowland et Purcell, du sarao de la chacona, picaresque danse du Siècle d’Or, chacone recueillie par Cervantès, à Marin Marais, de Brahms, à Verdi, en passant par Mozart, Offenbach et son inénarrable hymne au galop du « Jambon de Bayonne », des chansons de Charles Cros à Trénet, Brel, Brassens, Gainsbourg, Ricet Barrier, et Vercambre lui-même, etc, dans un pot-pourri rieur de textes d’Euripide, Ovide, Posidonius, Alcée, pour les anciens, d’Hugo à Rilke, de Neruda à Michel Butor, Marie Rouanet, en passant par des poèmes grecs et indiens… Quant à son compère Laurent Vercambre, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a plus d’une corde, même vocale, à son arc, frottées et pincées (même sans rire) : il passe avec aisance de la guitare espagnole à la lyra crétoise, du violon italien au bouzouki grec, au nyckelharpa suédois, sorte de vièle à clavier. Isabelle grattera aussi un peu la guitare, mais scandera certains morceaux des percussions du daf persan et du tambourin napolitain. Laurent Vercambre, véritable homme-orchestre par ses multiples dons d’instrumentiste doué et multi-primé, apporte, à la voix ductile d’Isabelle, une note, des notes, ses notes souvent, drolatiques, pimentées, contrepoint facétieux à la douceur d’Isabelle Bonnadier.


Textes et musiques, que j’ai rangés par la chronologie par commodité, étaient joyeusement dérangés, arrangés, assaisonnés, selon l’ordonnance d’un succulent menu concocté par un fil conducteur, Les Âges de la table, la TABLE ou plutôt l’autel culinaire auquel notre duo sacrifiait avec gourmandise, étant personnifiée, avec, en entrée, une « Création du monde » d’Euripide, la « Genèse », une « Cosmogonie » indienne et grecque, avec, en amuse-gueules, la « Création » récréation de l’Homme et de la Femme. « L’Enfance », on aurait voulu la retenir, bien sûr, avec sa plaisante Litanie des noms de pommes (où manquait je crois — ouf ! — la pomme d’Adam qui nous reste en travers), ses comptines et une chanson vraiment poétique de Trénet, Une noix.

On ne peut décliner par écrit, qui risquerait l’indigestion pour un petit appétit, la richesse plantureuse mais très digeste à l’audition de ce banquet, mais on retiendra la liste des fromages arrosée de l’air du vin de Don Giovanni (gaillardement au féminin) qui espère que la sienne s’allongera de l’ivresse de la danse, mais le remarquable éloge grinçant des Pissenlits (M. Boukay, M. Léguay), qu’on finit par bouffer par la racine et « À mon dernier repas » (Jacques Brel/Laurent Vercambre), apportaient une note grave, sinon funèbre, à ce terrestre et hédoniste repas, dont on se lèche les doigts.  

On en reprendrait volontiers et l’on rejoint cette savante femme qui réclame au plat poète (mais moi à ces deux artistes) :


« Servez-nous promptement votre aimable repas. »



Isabelle Bopnnadier et Laurent Vercambre

Mélodie d’aèdes

(Amours, délices et cordes)

Création originale autour de l’exposition Le Banquet 

au Musée d’archéologie de Marseille

Marseille, Vieille Charité, 5 mars 2017


Musiques : Brahms, Dowland, Marin Marais, Mozart, Offenbach, Purcell, Verdi, etc

Textes : Alcée, Butor, Euripide, Gautier, Hugo, Neruda, Posidonius, Rilke, Vercambre, etc…

Chansons : Barrier, Brassens, Brel, Cros, Ferrer, Gainsbourg,  Misraki, Trénet, etc.

Photos : 
1 et 2, B. P.  
3. : François Suquet.















vendredi, février 24, 2017

jeudi, février 23, 2017

SOMPTUEUX, SUBLIME ET SOMBRE



Boris Goudounov

 opéra en sept tableaux de Modeste Moussorgski,

livret de Moussorgki d’après la pièce éponyme d’Alexandre Pouchkine

 et l’Histoire de l’État russe

de Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzin.

Version de 1869, révision Michael Rot.

14 février 2017 
 
L’ŒUVRE

         Le compositeur.

         Modeste Moussorgski (1839-1881), d’une ancienne grande famille, ruiné par l'abolition du servage par le tsar Alexandre II en 1861, musicien autodidacte de Groupe des cinq, commence son opéra dont il écrit lui-même le livret inspiré de la pièce éponyme de Pouchkine. Si les héros en sont tous de réels personnages historiques, Moussorgski, parfait connaisseur du folklore de Russie, veut en faire une expression du peuple russe, principal protagoniste, un « drame musical populaire ». L’œuvre est donc largement semée de grandes scènes chorales et parsemée d’emprunts à la musique religieuse russe, à des thèmes populaires, notamment de chansons.

Cette première mouture de 1869 fut refusée par le théâtre Marinsky de Saint-Petersbourg. Moussorgky la remania et en présenta une autre version en 1872, un triomphe. Qui n’apaisait pourtant pas les critiques des opposants à cette musique guère polie par les canons à la mode. Plus tard, son ami Rimsky-Korsakov, le plus jeune du Groupe des Cinq, proche connaisseur de sa musique (ils partageaient un appartement), qui avait eu le temps de se perfectionner techniquement, devenu Directeur du Conservatoire, réorchestra l’opéra, en fit une version qui fut longtemps la plus jouée. Moussorgsky, ruiné, vivant de pauvres expédients, sombrait dans l’alcool, la déchéance physique et sociale.

Le personnage historique : Boris Fédorovitch Godounov     (1551-1605). 

Chambellan d’Ivan le Terrible, premier tsar de Russie, à la sinistre mémoire, Boris Godounov à la mort du despote en 1584, devint régent du royaume, gouvernant à la place du fils du monarque, Féodor 1er, maladif, demeuré, qui était aussi son beau-frère. Féodor meurt sans héritier en 1598. Boris, appuyé par le peuple et les boyards, lui succède sur le trône sans légitimité dynastique de sang, mais avec le soupçon d’avoir versé celui du tsarévitch Dimitri, l’autre enfant d’Ivan d’une autre femme, l’héritier de la couronne, mort dans des circonstances obscures qu’on lui impute, mais sans preuves. Manquant de légitimité dynastique (il n'est qu'un tsar élu), Boris tente d'unir sa famille aux maisons royales européennes, en vain, pour des questions religieuses.

Selon les historiens, le règne de Boris est une période paisible après l'ère d'Ivan le Terrible. Boris ne peut cependant faire face aux troubles qui suivent : la grande famine de 1601 dure trois ans, le fragilise, lui faisant perdre le soutien du peuple. Et en 1604, un faux prétendant au trône, l’ancien moine Grégori Otrepiev, se faisant passer pour le tsarévitch Dimitri qui aurait miraculeusement survécu, reconnu par le pape et par le roi de Pologne qui l’appuie, entre en Russie à la tête d'une armée de mercenaires polonais et lituaniens. Boris Godounov meurt, subitement en avril 1605, empoisonné ou suicidé, murmure-t-on.

Son fils Féodor, qu’il nomme son héritier, lui succède sur le trône à seize ans mais sera étranglé la même année avec sa mère. Grégori Otrepiev, l’usurpateur, le faux tsarévitch Dimitri, réussit à se faire reconnaître même par l’une des femmes d’Ivan le Terrible, jurant être sa mère, qui avouera plus tard son mensonge et l’imposture. Il est nommé tsar par les boyards aux acclamations du peuple. Mais il perd l’appui du roi de Pologne qui lui reproche de tarder à lui remettre les terres promises ; l’entrée dans Moscou de sa femme polonaise Marina Mniszek, avec un faste catholique provoquant, lui aliène le peuple orthodoxe. Un an après, il est assassiné à son tour, il n’aura régné que dix mois, et Marina finira emprisonnée.

 Le Prince Vasslili Chouiski montera sur le trône et régnera de 1606 à 1610. Au moins un autre faux Dimitri tentera de prendre le pouvoir. C’est ce qu’on appelle en Russie « Le temps des troubles », jusqu’à l'avènement, en 1613, de Michel 1er Romanov, installant sur le trône la dynastie qui régnera jusqu'à la Révolution d’octobre 1917, dont on célèbre le centième anniversaire. 

L’histoire n’a pas tranché de la culpabilité de Boris dans le meurtre du jeune tsarévitch Dimitri. Cependant, dans l’opéra, c’est l’ombre qui plane sur Boris, âme tourmentée, bourrelée de doutes, de remords : il y apparaît, sinon comme un coupable avéré, peut-être comme un instigateur, consentant au meurtre qui lui donne le trône, d’autant qu’un vieux moine, Pimène, concluant une chronique, est un impitoyable témoin à charge.


RÉALISATION ET INTERPRÉTATION

       La scénographie de Petrika Ionesco, qui signe aussi la mise en scène, habiles panneaux mobiles, historiés d’icônes aux immenses dimensions, a le mérite de permettre de délimiter des espaces divers, le monastère d’entrée, la place de la cathédrale, l’auberge et ses arbres hivernaux stylisés, le palais du Kremlin, résidence du tsar et siège de la Douma, l’assemblée des nobles. Des icônes généralisées, proliférantes, oppressantes, sont telle une obsession religieuse écrasante et morbide, illuminant, dans le sens d’enluminure, dans des éclairages violents de Patrick Méeüs ce drame sombre. Leurs dorures, mais aussi un spectre de couleurs sombres, marron, jaune, font penser aux premiers tableaux de Kandinsky comme La vieille Russie et les angles aigus déchirés aux découpages de ses ultimes œuvres abstraites : pour un jeu d’acteur réaliste, un décor symboliste par sa fonction et expressionniste par ses couleurs et sa structure à géométrie variable, univers anguleux, étouffant, menaçant ruine comme le destin de Boris de l’apothéose à sa chute, avec des scène fantastiques pour traduire l’univers mental du moine Grégori se rêvant tsarévitch Dimitri.


Dans ce contexte slave appuyé, les costumes de Lili Kendaka chargent, ou surchargent, avec faste l’imagerie russe encore orientalisante : velours, soies, taffetas damassés, brochés d’argent, d’or, éclaboussants de pierreries pour la scène du couronnement, Boris revêtu d’un majestueux manteau d’or à traîne éblouissant de luxe ; sa fille Xenia qui l’escorte, orne  son front d’une tiare précieuse, un kokoshnik rutilant ; les boyards, ont de longs caftans et, comme couvre-chefs, arborent la chapka gorlatnaya, ‘chapka de gorge’ d’au moins une coudée, quarante-cinq centimètres, chapeaux fourrés en tuyau de poêle qui leur donne une taille impressionnante ; les dignitaires de l’Église autocéphale de Russie, popes ou métropolites, portent le klobouk blanc ou noir selon le rang, les étincelants mitrophores portent la mitre d’or en tête surmontée d’une croix comme de la pointe agressive d’un casque guerrier ; ils dressent des étendards religieux, d’une opulence indécente pour un christianisme de l’humilité. Seul Pimène, le starets, le patriarche monacal, maître spirituel, est vêtu d’une ascétique bure d’ermite.

Défilé de pénitents blancs, de khlysty, flagellants d’une religion doloriste, qui ne semble connaître que des coupables. L’alliance du sabre et le goupillon, c’est la présence des streltsy, corps militaire de mousquetaires fondé par Ivan le Terrible, mais ici en capote et fusil de la Grande Guerre. Les processions fantomatiques de popes barbus et noirs, thuriféraires armés d’encensoirs qu’ils balancent comme une lourde et lente menace, véritable opium du peuple gris, à genoux, soumis, vivant sous l’oukase et le knout, fouet ou matraque, la crosse des religieux aussi menaçante que la trique ou gourdin des forces de l’ordre ou le bâton de commandement des boyards orné d’une redoutable boule, dissémination visuelle de la massue pour la masse, pour un peuple avec bâton mais sans carotte, qui acclame et proclame un monarque, chantant des actions de grâce dans sa propre disgrâce, bras levés au ciel dans les forte de tutti dans une spontanéité unanimiste inconséquente, contredite par les violentes injonctions à l’adoration  officielle de l’officier, peuple versatile changeant d’idole avec les troubles et adorant le faux Dimitri : n’aimant que les vainqueurs.

C’est donc une mise en scène somptueuse,  sombre et lumineuse, d’un grand raffinement russe pour cette musique qui se voulait russe, qui va jusqu’au détail des doigts de Boris à l’orthodoxe, index et majeur dressés comme dans les icônes, la trinité avec le pouce.


         Pimène et Chouiski : artisans du complot ?

Le moine Grégori, incarné sinon physiquement par l’âge, psychiquement crédible par un impressionnant Jean-Pierre Furlan, voix plus saine que le corps, est si tremblant comme atteint de Parkinson, qu’on doute que le roi de Pologne puisse prendre au sérieux ce larvaire tsarévitch Dimitri auto-proclamé, sauf peut-être à vouloir cyniquement utiliser ce maniable et minable pion. Tel un possédé sur son galetas, hanté par des cauchemars goyesques et des rêves de grandeur, matérialisés sous nos yeux, aux siens, il semble trouver la concordance providentielle entre songe et réalité dans la chronique de Pimène accusant Boris du meurtre du légitime héritier de la couronne. Avec la presque omniprésence de Chouiski, c’est là sans doute l’autre grande trouvaille de mise en scène de Petrika Ionesco : involontairement ou insidieusement la chronique de Pimène, son père spirituel et politique, imprègne, l’esprit malade de Grégori, en fait, par suggestion, un illuminé s’estimant investi d’un devoir divin de justice. Manipulé, sous emprise secrète de Chouiski et de Pimène qui lui remet un coffret, lui commet apparemment une mission et semble d’avance le bénir et l’absoudre, Grégori devient l’incarnation de Dimitri, le légitime tsarévitch éliminé par Boris avant d’être le rival qui causera sa mort et montera sur son trône : les récits respectifs qu’ils feront au tsar, comme s’ils trempaient dans le même complot, le conseiller, sur le corps incorruptible de Dimitri assassiné et le moine, sur le miracle, parallèles mais convergeant sur la sainteté du tsarévitch martyr, l’incorruptibilité du corps en étant la signe indubitable pour les orthodoxes, ces deux témoignages, biaisés ou non, sincère chez Pimène ou pervers pour Chouiski, instillent l’effroi mortel d’un Boris livré à ses propres fantasmes.

Cette interprétation du drame, collusion de Pimène et de Chouiski, de conserve ou de concert contre Boris, si elle ne répond pas à l’Histoire, est une subtile lecture de l’histoire narrée, du texte par le metteur en scène qui donne à cette succession de tableaux sans grand lien causal, le fil d’une causalité dramatique qui place le moine vengeur et le Prince vindicatif au cœur du drame, les érigeant pour des raisons diverses, religieuse et justicière pour l’un, politique et personnelle pour l’autre, en moteurs de l’action. La logique s’éclaire quand Chouiski assassinera pour finir Fiodor le jeune nouveau tsar fils de Boris (qui sera réellement assassiné quelque temps après) et intronise le faux Dimitri (qui sera à son tour assassiné, et Chouiski lui succèdera sur le trône). Astucieuses interprétations du texte qui offrent en fait un condensé, une saisissante ellipse chronologique de l’Histoire véritable.

         Présent dès le début, au courant de la chronique de Pimène à charge contre Boris, alors qu’il n’apparaît qu’à l’acte II dans l’opéra, Chouiski est donc ici le ténébreux deus ex machina de la machination contre Boris, le responsable de sa chute dont il tirera le bénéfice suprême. Luca Lombardo en Prince Vassili Chouiski, sans couvre-chef, ce qui le rapetisse face au gigantisme  du tsar et des boyards en hautes chapkas, cheveux roux, couleur de Judas, donne à  l’instigateur, à l’intrigant de cour, haute et basse (par sa crête de coq) en ses  œuvres, de malfaisant et fourbe farfadet ou furet, illumine de sa voix, masque solaire d’un être ombreux, aussi franche qu’il est retors, l’ombre d’un redoutable personnage : servile, obséquieux face au puissant qu’il trahit, il a la souplesse insinuante du serpent dans ses mouvements, un sourire de jouissance sadique quand il porte au cœur du puissant monarque fragile dans ses superstitions, la nouvelle qui peut le blesser à mort sur l’état miraculeusement ou faussement conservé du corps du tsarévitch.

         Sans qu’ils aient de scène vocale commune, cette voix aiguë de ténor contraste avec la basse profonde de Nicolas Courjal, grimé et à peine vieilli en Pimène, longue chevelure et  digne silhouette grise comme tout droit sortie d’une icône, timbre de souple velours, d’une douceur extrême en des nuances d’une infinie finesse qui emplissent sans effort la salle et nos cœurs d’une tendresse humaine apaisante même s’il sait clamer en oracle et proclamer le vrai, prophète de malheur respecté par un tsar pieux ou superstitieux, sensible à une morale venue d’en haut par le religieux ou d’en bas par un Innocent, un bouleversant Christophe Berry, déchirant en sa lancinante plainte, berceuse de douleur, seule voix de ténor sympathique, avec l’épisodique comique Missaïl de Marc Larcher dans un opéra qui donne la part belle aux voix graves.


         Alexey Tikhomirov, stature immense appelant la statue, imposant physiquement, ne force rien cependant, ni le geste ni la note et tout paraît noble et naturel en son attitude et déclamation, nuancé, mesuré, troublé dans l’introspection, tendre avec ses enfants, agité dans le doute, avec des accès de violence révélateurs explosant avec Chouiski, jusqu’au délire et frénésie de la fin : une montée en puissance et drame du personnage, servie par la beauté sans faille d’une voix de basse-baryton sombre mais aisée dans l’aigu : un Boris simple et sublime.

         Les autres voix graves se déclinent en Andréi Tchalkalov, secrétaire de la Douma, le héraut officiel, qui a la tranchante autorité de Ventseslav Anastasov, le brutal Nikitch, officier de police campé avec sa brutalité sadique par Julien Véronèse, et Jean-Marie Delpas, épisodique mais présent homme du peuple, révolté, désemparé et touchant. Dans le couple de moines vagabonds, gyrovagues en terme ecclésiastique précis, paillards et braillards, lubriques et drolatiques, dans un rôle plus nourri, Varlaam, avec son pendard pendant acolyte prosélyte, Missaïl, Marc Larcher, qui piaille en aigu et clair alors que lui est dans le grave et tonitruant, Wenwei Zhang, campe d’entrainante façon un épique et picaresque personnage et, mine hilare sur explosion d'allégresse pour dire les mines de poudre, d’une voix aussi tonnante que la dynamite d’Ivan le Terrible qui fit sauter les murs de Kazan, se lance dans cette chanson guerrière qui prend une étrange couleur à voir cet asiatique narrer avec une joie féroce le massacre des Tatars asiates.

         Évacué l’acte polonais et la belle Marina, les femmes ont la portion congrue dans cette version viriliste de l’opéra. À voir Marie-Ange Todorovitch, avenante hôtesse aguichante et guinchante en sa guinguette, gourmandant d’une voix plus gourmande que sévère les deux moines lurons, on regrette vivement qu’on ait amputé son rôle de l’air populaire du canard bleu, sinon de celui du conte de la Nourrice de la seconde version, qui, avec celui patriotique de Varlaam, sont les seuls passages, chansons du peuple d’un opéra que Moussorgki voulait populaire, qui ont la coupe d’airs lyriques traditionnels dans une œuvre pratiquement en arioso retrouvant la prééminence de la parole comme dans le dramma per musica des débuts du Baroque et qui passionnera Debussy. Ludivine Gombert est une touchante Xénia, pleurant de sa limpide voix de larmes, un fiancé aussi mort que les espérances du parvenu Boris de nouer des alliances politiques avec les dynasties européennes régnantes. Même regret des coupures de Fiodor le tsarévitch, incarné avec une mâle rondeur de voix par Caroline Meng.

Mais Moussorgki, c’est une musique dont même les défauts formels en regard des canons de la musique académique de son temps, sont d’effectives trouvailles de l’expression, un fourmillement de motifs rarement développés, juxtaposés, répétés, obsédants, qu’on trouvera plus tard chez un Janácek et l’on sent la jouissance jubilante de l’orchestre sous la direction inspirée, enflammée, de Paolo Arrivabeni, familier de l’œuvre. Sous sa conduite, les chœurs hommes et femmes parfois opposés avec l’émergence de voix singulières dans la masse, parfaitement préparés par Emmanuel Trenque, sont bien, selon le vœu du compositeur, le peuple, un protagoniste et destinataire essentiel. Les enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône (Samuel Coquard) manifestent une telle joie à chanter que cela n’en rend que plus cruel leur sadisme enfantin envers l’Innocent.

Oui, somptueux, sublime et sombre.


Opéra de Marseille,

14, 16, 19 et 21 février 2017

Boris Goudounov, de Modeste Moussorgski

Production Opéra Royal de Wallonie.

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille (Emmanuel Trenque), Maîtrise des Bouches-du-Rhône (Samuel Coquard). Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scène / Décors : Petrika Ionesco ; costumes : Lili Kendaka ; lumières Patrick Méeüs.

Distribution :

Ludivine Gombert (Xénia), Caroline Meng (Fiodor), Marie-Ange Todorovitch (La Nourrice / L’Hôtesse) ; Alexey Tikhomirov (Boris), Nicolas Courjal (Pimène), Jean-Pierre Furlan (Gregori/Dimitri), Lucas Lombardo (Chouiski), Wenwei Zhang (Varlaam), Christophe Berry (l’Innocent), Ventseslav Anastasov (Andrei Tchelkalov), Marc Larcher (Missail) Julien Véronèse (Nikitch/l’Officier de police), Jean-Marie Delpas (Mityukha).


Photos Christian Dresse
1. Sceptre et globe, Boris, tsar (Tikhomirov) ;
2. Couronnement ; 
3. Rêve de Grégori  en Dimitri (Furlan) ;
4. Pimène et Graori (Courjal, Furlan) ;
5. Douleur de Xenia et la Nourrice (Gombert, Todorovitch) ;
6. Le tsar et le tsarévitch (Tikhomirov, Meng) ;
7. L'auberge (Larcher, Todorovitch, Zhang) ;
8. Le tsar et Chouiski (Tikhomirov, Lombardo) ;
9.  Mort de Boris entre les bras de son fils (Tikhomirov, Meng) ;
10. Innocent persécuté par les enfants (Berry).


dimanche, février 19, 2017

LYRICOPÉRA





BEL CANTO ET MÉLODIES CHINOISES

Récital de Wenwei Zhang,
baryton-basse, Soliste de l’Opéra de Zurich,
Vladik Polionov, pianiste concertiste

Marseille, Temple Grignan, 4 février 2017

         En 2009, ce jeune chanteur, frais émoulu du CNIPAL (Centre National d’Insertion Professionnelle d’Artistes Lyriques), inaugurait, de magistrale façon, ce qui allait devenir LyricOpéra, qui fait désormais partie du paysage lyrique marseillais sous la férule attentive et tendre de Marthe Sebag. Désormais artiste reconnu, demandé par nombre de scènes allemandes, soliste de l’Opéra de Zurich, distribué dans un Boris Godounov d’anthologie à l’Opéra de Marseille, où il incarne un Varlaam truculent, salué par une critique unanime, Wenwei Zhang, entre deux répétitions, offrait généreusement un récital dans ce Temple désormais aussi de la musique où il fit ses débuts de soliste devant un auditoire conquis.

         Ce programme, attentivement servi au piano par le concertiste Vladik Polionov, dont nous avons dit tout le mérite lors de la récente résurrection de la Marie Galante de Kurt Weill, nous promenait des lieder de Schubert à Mozart et des airs de basse du répertoire lyrique romantique, en passant par une découverte pour nous, trois admirables mélodies chinoises. Né en Chine, lauréat de prix internationaux prestigieux (dont la troisième place à l’Operalia de Plácido Domingo), Wenwei Zhang, qui a déjà foulé les scènes de Munich, Francfort et s’apprête à être Sarastro à Berlin, faisait donc briller diverses facettes de son talent, de sa taille et voix imposantes. D’un beau métal égal sur toute sa tessiture, le timbre est musical, couleur lumineuse jusqu’en ses profondeurs, d’un airain sans arête acérée ; volume, puissance, aisance, dons de la nature, sont complétés par une technique vocale sûre et le prédisposent aux grands rôles dramatiques, même s’il saura se montrer diabolique rieur dans ses bis, la sérénade ironique du Méphisto de Berlioz et drolatique dans l’air trop rabâché de « la calumnia » du Barbiere di Seviglia, qu’il ravive d’une verve qui nous ravira dans son Varlaam de Boris.
         Comme une marche fatale vers un lointain destin au piano, lancinante, égrenée sous le clavier implacable de Vladik Polionov, dans « Gute Nacht » le premier des trois extraits du Winterreise de Schubert, la voix de Zhang se déploie au-dessus, sans qu’on sente, sans doute déconcerté par ce chant opératique, l’ironie amère du poème. Certes, il convient parfois de chanter la mélodie comme l’opéra et l’opéra comme la mélodie, dans la nuance, la variation des couleurs (Hans Hotter y fut admirable dans ce même répertoire) mais, cependant avec plus d’intériorité dans Der Lindelbaum et Wasserflut, tout en goûtant sa beauté, on a le sentiment que le fleuve ou torrent de la voix de Zhang ne se coule pas facilement dans le ruisseau schubertien.
         Il serait odieux d’enfermer un artiste dans les limites de son pays et lui assigner —ou le consigner — sa seule musique nationale : la musique est universelle et ne connaît pas de frontières. Mais il faut reconnaître, même sans en connaître les poèmes juste résumés, que dans les trois mélodies ou airs venus de Chine dont il nous entrouvrait un infime échantillon, très vocal, très lyrique, le chanteur, sans doute plus à l’aise, sut être émouvant, bouleversant : Comment l'oublier?, musique  de Zhao Yuan Ren (1927), texte de Liu Ban Nong (1927), assimilant fiancée au pays et mère Patrie : la femme perdue ; Mon pays natal, musique de Zai Yi Lu (2003) sur un poème (1962) de Ren Yu Yu (1879-1924), exilé en 1949 à Taïwan, isolé sans sa famille ; Le grand fleuve d'Orient, poème de Su Shi (1080), mis en musique par Qing Zhu (1920). À part le premier air, gamme pentatonique caractéristique, les deux autres semblent moins identifiables à une première écoute comme orientaux, mais tous disent l’universelle détresse de l’exilé, la nostalgie, l’amour. On aimerait les réentendre pour mieux les goûter.
         On devine le grandiose Sarastro de la Flûte enchantée de Mozart que Zhang sera prochainement à Berlin : dans le second air si plein de noblesse et d’humanisme, il sait alléger sa voix marmoréenne pour en distiller et détailler les vocalises. Même art dans le beau légato nostalgique du Bellini de la Sonnambula « Vi ravviso, o luoghi ameni… » (‘je vous revois, lieux pleins de douceur…’). Mais on sent que Zhang est chez lui dans le drame verdien, peut-être moins, trop jeune pour la mélancolie amoureuse de l’homme âgé du Philippe II de Don Carlo, mais à coup sûr dans le grandiose, frémissant de présages funestes à mi-voix du Banco de Macbeth, avant d’éclater en un mi aigu, insolent de puissance et de beauté.
En un interlude entre des charnières du récital vocal, Vladik Polionov menait à l’extase la montée des gammes chromatiques périlleuses du Prélude et mort d’Isolde transcrits par Liszt.

LyricOpéra

Bel canto et mélodies chinoises

Marseille, Temple Grignan

4 février 2017

Récital de Wenwei Zhang,

Vladik Polionov.



Schubert, Mozart, mélodies chinoises, Bellini, Verdi.







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